conveyor_contentio
déployée dans une ancienne usine de vermicelles jadis intégrée à un cluster industriel longeant le canal de Bruxelles, l'installation in situ matérialise le point de bascule induit par l'humain entre la graine de blé — entité encapsulée, multipotente, autosuffisante — et la farine, entièrement consommable au sein de la chaîne trophique humaine. elle convoque le processus de transformation d'un système complexe en ressource engagée dans une production capitaliste précoce.
incarnant ce passé, une première entité est un convoyeur se déplaçant incessamment depuis l'intérieur de l'espace vers une fenêtre ouverte sur le canal, le long d'un rail linéaire parcourant toute la longueur de la salle. de sa base émerge un tube en acier inoxydable terminé par une pince quasi chirurgicale portant la seconde entité, souple, interactive.
la forme robotique, évoquant une forme basale du vivant, est dénudée jusqu'à sa structure opératoire minimale, invitant à la projection cognitive par l'émotivité de sa cinématique. elle se meut selon un algorithme minimal admettant la disposition des corps dans l'espace comme unique variable aléatoire du système.
issue de la recherche fondamentale en robotique, la forme souple possède la capacité physique de s'adapter aux contingences de l'espace environnant, la rendant ontologiquement capable de se reconfigurer selon l'aléa du milieu. conveyor_contentio est ainsi une installation transfigurationnelle d'une cinématique robotique singulière ayant inauguré le champ de la continuum robotic.
questionnant les attentes normatives de précision et d'itérabilité du mouvement habituellement portées sur les formes robotiques, la forme est convoquée pour la dissidence envers le paradigme tayloriste qu'elle implique.
surgissant comme un jeu de mots à partir du terme français contention — acte de contrainte animale en captivité, généralement pratiqué hors-scène — l'action est ici sur-démontrée, devenant véritablement un contentio.
le mouvement de balancier du dispositif en fait un instrument de désincarnation, portant pathétiquement la forme contrainte sur toute la longueur de l'espace. ces deux entités opposées composent un mécanisme de contrôle requérant notre engagement corporel — nous nous adaptons à son oscillation, et il sollicite notre implication physique en tant que spectateurs au sein de cet appareil de contrôle.
